Le développement de la prononciation

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Le développement de la prononciation

Message par Renetane le Mer 4 Juin 2008 - 20:42

L'ordre d'acquisition des sons du langage constitue un sujet toujours d'actualité pour qui s'intéresse au développement de l'enfant. En effet, bien qu'elle ne représente qu'une des diverses composantes de la communication orale, la prononciation occupe une place importante dans notre perception du niveau de langage de l'enfant.

On juge souvent les gens à leur façon de parler. L'accent peut révéler la provenance géographique ou encore le niveau socioéconomique d'une personne; certains y voient même (à tort, bien entendu) une marque du niveau d'intelligence. Pas étonnant alors que des parents s'inquiètent lorsque leur enfant ne semble pas maîtriser parfaitement cet outil de reconnaissance sociale!

On s'entend généralement sur le fait que l'acquisition des sons de la langue française devrait être complétée à l'âge de 7 ans. Tout au long de cette période, des pics de développement seront cependant observés.

De la naissance aux premiers mots
On pourrait croire que cette période où l'enfant ne parle pas encore n'est pas très active au niveau du développement des sons. Bien au contraire! C'est à cette étape que l'enfant exerce son appareil phonatoire (poumons, cordes vocales, langue et lèvres), encouragé en cela par la stimulation langagière qui lui parvient de son environnement, entre autres par la voie auditive. Cette expérimentation constitue un prérequis à la production de sons plus raffinés, les phonèmes ou sons de la langue.

Savez-vous combien il y a de phonèmes en français? 26, comme le nombre de lettres dans l'alphabet? Erreur, il y en a 36, dont 16 voyelles.

lit, dé, lève, fête, patte, pâte, gros, botte, cou, but, le, feu, un, pin, banc, bon

boue, doux, goût, pou, toux, cou, fou, sou, chou, vous, zoo, joue, mou, nous, ligne, roux, loup, watt, yen, huit

Quand s'inquiéter? Si l'enfant ne babille pas entre 4 et 9 mois, ou s'il est généralement silencieux, il serait important de consulter un audiologiste afin de faire évaluer l'audition.


Des premiers mots aux premières phrases
À cette étape, on assiste habituellement à une explosion du langage. La forme des premiers mots est réduite à des syllabes simples (consonne + voyelle), parfois répétées, ce qui donne des mots comme papa, bébé, Dodo, tata. En fait, ces quatre exemples représentent bien la progression dans l'acquisition des consonnes: p, t, k, b, d, g ainsi que m et n apparaissent assez rapidement dans le répertoire de l'enfant. Ces sons sont relativement faciles à réaliser même avec un contrôle moteur un peu imprécis: il suffit de produire une légère explosion d'air soit au niveau des lèvres (p, b et m) ou entre la langue et le palais (t, d, n, k et g).

Au tout début de cette étape, l'enfant peut avoir de la difficulté à produire deux consonnes différentes, ou deux voyelles différentes dans le même mot, mais il progressera graduellement vers des formes plus variées. L'ordre d'acquisition des voyelles et généralement moins étudié, mais la première voyelle à apparaître est le a, le son naturel de l'appareil phonatoire chez l'humain.

Plusieurs transformations sont normales à cette période du développement: l'enfant laisse tomber des syllabes ou des sons qu'il remplace par d'autres syllabes ou d'autres sons plus simples ou il invente carrément des mots. Le mot ballon peut devenir baba, toto peut signifier auto, manteau ou bateau. Voici quelques exemples tirés du répertoire de ma fille Charlotte, à 16 mois: bravo devient [babo]; tombé devient [babé], gaufre devient [go], lapin devient [pin].

Que fait alors l'enfant? Il simplifie les mots de façon à les faire entrer dans son modèle de production basé sur la syllabe simple. Les suites de consonnes et les consonnes en fin de mot sont habituellement évacuées du système et l'on se retrouve avec des mots composés d'une ou deux syllabes (consonne+voyelle) ou (consonne+voyelle/consonne+voyelle).

Quand s'inquiéter? Si vers l'âge de deux ans l'enfant ne produit que des voyelles et aucune consonne, ou si l'enfant ne parle pas du tout.

L'époque des premières combinaisons de mots
Lorsque l'enfant se met à combiner deux mots ou plus, il augmente par le fait même la complexité articulatoire de ses énoncés. Même si au plan de la syntaxe la phrase est composée de plusieurs mots distincts, au plan articulatoire elle consiste en une longue série de syllabes découpée par des pauses d'intonation ou de respiration. Il est donc normal que la prononciation d'un mot soit davantage transformée lorsque le mot est inclus à l'intérieur d'une phrase, car il subit l'influence de tout ce qui le précède et de tout ce qui le suit; votre enfant peut être capable de dire les mots pomme, belle, rouge mais ensemble «la belle pomme rouge» peut devenir «bè po wouz». C'est qu'une combinaison de 2 ou 3 mots peut facilement devenir une suite de 5 ou 6 syllabes. Et comme à un débit normal de parole on peut articuler près de 10 phonèmes à la seconde, cela représente tout un défi au plan articulatoire. Pas étonnant que certains mots y perdent des plumes!

Dix phonèmes à la seconde, cela vous paraît incroyable? Essayez ce petit test pour vous convaincre: dites simplement «bonjour maman». Est-ce que ça vous a pris plus d'une seconde? Probablement pas. Vous venez pourtant de dire 9 phonèmes: b-on-j-ou-r-m-a-m-an!

Entre l'âge de 2 et 3 ans, l'enfant augmente son inventaire de phonèmes par l'ajout de certaines consonnes. Tout d'abord apparaissent le s et le l, puis f, s et z. Ces consonnes demandent une réalisation articulatoire un peu plus complexe puisqu'elles sont produites par une émission continue d'air (f, v, s, z) ou au moyen d'un mouvement bien contrôlé de la langue qui s'élève pour ensuite s'abaisser (l). D'ailleurs, si l'on s'attend à ce que la plupart des consonnes présentées précédemment soient réalisées correctement vers l'âge de 4 ans, pour le l, cela peut aller jusque vers 5 ans.

Voici quelques exemples de mots transformés par mon fils Alexis alors qu'il avait deux ans: pamplemousse devient [amous], hippopotame devient [tam], livre devient [lit], Sophie devient [ofi]. Par rapport aux exemples ci-dessus (babo, babé, go) on remarque ici que les mots peuvent être constitués de consonnes et de voyelles différentes et qu'ils peuvent se terminer par une consonne, ce qui constitue un progrès. On note également l'apparition de la consonne s. À cette période de développement, les progrès sont facilement observables. Le même Alexis qui disait [tam] et [ofi] à 2 ans, dira [tapatam] et [sofi] 2 mois plus tard.

Mais, vous me direz, Alexis prononçait déjà ses s à 2 ans dans pamplemousse, alors pourquoi pas dans Sophie? C'est qu'il faut comprendre que ce n'est pas seulement la capacité physique à produire un son qui est ici en jeu, mais bien la conscience qu'il faille utiliser ce son à un endroit précis dans un mot, ou dans un énoncé. Comme vous l'avez peut-être remarqué dans les exemples ci-dessus, Alexis avait une forte tendance à laisser tomber le début des mots lorsqu'il avait 2 ans. Un signe de paresse? Pas du tout. Il faut noter qu'en français, contrairement à la plupart des langues, l'accent tonique est toujours placé sur la dernière syllabe d'un mot ou d'un groupe de mots. Par exemple on dira un chat, mais un chat persan. L'enfant fait la même chose et choisira souvent la dernière syllabe plutôt que la première, du moins au début de son développement langagier.

Quand s'inquiéter? Si, après trois ans, les mots sont transformés au point de rendre le discours de l'enfant inintelligible la plupart du temps; si l'enfant ne possède qu'un répertoire très limité de sons ou s'il doit utiliser régulièrement des gestes pour se faire comprendre

Le cas particulier du CH, du J et du R
Ces trois phonèmes sont habituellement les plus tardifs à apparaître chez les enfants francophones. Qu'ont-ils en commun? Ils sont articulés vers l'arrière de la bouche et nécessitent une émission continue d'air, deux facteurs qui demandent un contrôle moteur accru. De plus, en ce qui concerne le r, il est très souvent combiné à d'autres consonnes, ce qui constitue une difficulté supplémentaire.

Le processus d'acquisition du r peut passer par différentes étapes. Au début, ce phonème peut tout simplement être omis, ou encore remplacé, souvent par i ou l. Mon fils Alexis, un type très créatif, utilisait jusqu'à huit transformations différentes pour ce phonème alors qu'il avait deux ans. Une des plus inattendues était la transformation en v (roule devient voule).

Quand Alexis a finalement intégré le r à son répertoire, ces transformations ont peu à peu disparu, mais des difficultés ont subsisté quand le r était combiné à d'autres consonnes. Par exemple, même s'il prononçait le mot rouge correctement, mon fils continuait à dire [templin] pour tremplin, [flagile] pour fragile ou [fèmé] pour fermer. Quant au nom de sa sœur, il était devenu [chalorte].

Je me souviens également de la fille d'un couple d'amis qui, à trois ans, avait découvert le r. Elle en mettait partout: une boître, une jambre, des frambroises! Évidemment, ceci constituait une étape transitoire et tout était rentré dans l'ordre quelques mois plus tard.

Il n'est pas rare que des enfants arrivent à la maternelle et présentent encore des difficultés avec le r, du moins dans certains mots. Par exemple, un enfant pourra omettre le r devant une consonne, comme dans porte [pote] ou bien garçon [gaçon].

Une autre transformation qui n'apparaît pas à première vue reliée au r est celle du tr transformé en kr, ou du dr en gr. Un enfant qui dit table, pétale et carotte pourrait dire par exemple krou pour trou ou grôle pour drôle. Oublierait-il tout d'un coup comment prononcer un t ou un d? Pas du tout. C'est que les phonèmes s'influencent l'un et l'autre. Le r en est un bon exemple: le r, articulé à l'arrière de la bouche, tire en quelque sorte le t avec lui, ce qui fait que le t devient un k, consonne articulée elle aussi à l'arrière; le même phénomène est vrai pour le d qui devient g. Ce type de transformation est encore relativement fréquent à 5 ans.

En ce qui concerne les sons ch et j, le processus de transformation est plus simple: ils sont habituellement remplacés par s et z chez les enfants francophones. Leur maîtrise complète peut s'échelonner jusqu'à l'âge de 7 ans.Si c'est le cas de votre enfant, vous pouvez lui raconter l'histoire de La soupe aux sous, un album jeunesse que j'ai écrit à ce sujet. On remarque souvent que les mots nouvellement appris sont mieux prononcés que ceux qui font partie depuis longtemps du répertoire de l'enfant. Le Je et sa variante J'ai en sont de bons exemples: ils sont souvent les derniers à être corrigés.

Les mots qui présentent à la fois un s et un ch sont aussi particulièrement difficiles à réaliser correctement. Ce n'est pas pour rien qu'on a fait un exercice de diction avec Les chemises de l'archiduchesse! Enfin, il ne faut pas confondre le fait de remplacer ch et j par s et z avec ce qu'on appelle «parler sur le bout de la langue». Cette dernière expression réfère habituellement au fait que la langue de l'enfant s'appuie sur les dents ou passe carrément entre les dents quand il prononce s et z. Ceci est un problème tout à fait différent et il est souvent relié à une mauvaise position de la langue dans la bouche au repos et lors de la déglutition (l'action d'avaler). Encore ici, cette difficulté peut s'observer jusqu'à l'âge de 7 ans, mais si elle persiste, elle pourrait avoir à moyen terme un impact sur l'occlusion dentaire.

Quand s'inquiéter? Vers l'âge de 5 ans, si l'enfant omet ou transforme régulièrement certains sons (à l'exception du r, du ch et du j), s'il ne se fait pas facilement comprendre par des personnes non familières, s'il omet des syllabes dans les mots.

Des erreurs inhabituelles
Comme nous l'avons vu précédemment, l'acquisition d'un répertoire complet de phonèmes s'étend sur plusieurs années. En plus de la complexité inhérente à la production de certains sons (les sons réalisés à l'avant de la bouche sont acquis avant ceux qui sont produits vers l'arrière; les sons continus demandent plus de contrôle que ceux produits par une explosion d'air), d'autres facteurs viennent affecter la réalisation articulatoire des phonèmes. Nous avons vu par exemple que la place du phonème dans le mot ou sa combinaison avec d'autres phonèmes cause des difficultés supplémentaires.

Cependant, certaines transformations sont plus inhabituelles. Celles qui complexifient un mot au lieu de le simplifier (exception fait de la surgénéralisation d'un son nouvellement acquis tel que démontré plus tôt avec la jambre et la boître) vont à l'encontre du patron normal de développement et méritent d'être investiguées. Celles qui déforment un mot ou un groupe de mots au point de les rendre méconnaissables également, particulièrement après l'âge de 3 ans.

Ces transformations de sons inhabituelles peuvent relever d'une diversité de causes. Par exemple, des otites à répétition peuvent entraîner des pertes d'audition temporaires suffisantes pour entraver le développement du langage en général, et de la prononciation en particulier. Autrement, certains enfants maturent plus lentement au plan neurologique ou peuvent présenter des difficultés spécifiques à ce niveau, lesquelles peuvent avoir un impact sur le système neuromoteur nécessaire à la production des sons du langage.

Quand s'inquiéter? Si votre enfant d'âge scolaire présente des difficultés persistantes au plan de la prononciation ou que sa difficulté à se faire comprendre lui cause des frustrations, il y a lieu de consulter en orthophonie. Et s'il a été sujet à de nombreuses otites et qu'il présente des difficultés avec l'acquisition des sons du langage, une évaluation en audiologie est recommandée.

Quelques conseils pour aider un enfant qui présente des difficultés:
Acquisition des sons:
18 mois: voyelles i, a, ou et consonnes p, b, m, t, d, n
3 ½ ans: consonnes f, v, s, z
3 ½ ans - 4 ans: consonnes k, g, gn, l
4 ans - 5 ans: consonnes r
5 ½ - 6 ½ ans: groupes de consonnes ch,j, br, tr, kl, pl, st
Mettez-vous à son niveau de façon à ce qu'il porte attention à votre bouche lorsque vous lui parlez;
Parlez lentement lorsque vous vous adressez à l'enfant; insistez sur les mots ou les parties de mots qu'il a tendance à ne pas bien prononcer;
Donnez-lui le bon modèle mais n'insistez pas pour le faire répéter;
Portez attention à ce que dit votre enfant plutôt qu'à la façon dont il le dit;
Lorsque vous n'avez pas compris ce que l'enfant vient de vous dire, vérifiez votre compréhension au moyen de questions fermées ou à choix;
Encouragez ses efforts: mettez l'emphase sur ses réussites (les mots qu'il dit bien ou mieux) plutôt que sur ses erreurs;
Apprenez-lui des comptines et des chansons.
Rappelez-vous que la communication orale est avant tout un échange et qu'à ce titre, elle doit demeurer agréable… D'ailleurs, mai étant le mois de la communication, profitez-en pour le célébrer avec votre enfant!

Source : http://www.petitmonde.com/Doc/Article/Le_developpement_de_la_prononciation
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